Le pendule des paradoxes



 Poursuivant notre série sur la HAUTE PERFORMANCE,nous approfondissons ici l’exposé des résultats des travaux menés par Jerry L. FLETCHER . Outil unique et formidable, le « pendule des paradoxes » est une source de solutions pour nous qui sommes confrontés à nos contradictions lorsque des choix importants s’imposent à nous.Nous prendrons pour exemple le cas d’une employée de banque qui doit décider si le moment est venu pour elle de créer sa propre entreprise ou de de rester en poste.Nous sommes nombreux(ses) à nous être posé cette question, sans qu’une réponse définitive n’ait jusqu’alors tranché ce choix cornélien [1].Le pendule des paradoxes vous aidera sans doute à découvrir vos propres réponses. 

C’est par une analyse détaillée de quelques milliers de processus de performance que Jerry FLETCHER a mis en évidence la manière unique par laquelle chacun(e) utilise des qualités spécifiques pour réussir.

  Approfondissant ses recherches avec la coopération de Kelle OLWYLER, J. FLETCHER mis en évidence que ces qualités spécifiques étaient contraires, paradoxales.Par expérience, nous savons tou(te)s qu’à travers nos contradictions nous nous plaçons dans l’impossibilité d’agir ou d’évoluer, quelle que soit la situation à laquelle nous devons faire face.

Pourtant, J. FLETCHER et K. OLWYLER ont observé que les personnes qui réussissent semblent universellement contradictoires et apparemment plus « confortables » avec les contradictions que la plupart d’entre nous. Ils en ont conclu que si les contradictions d’une personne peuvent la conduire dans une impasse, elles peuvent aussi être de formidables clés de leur réussite.

Ces conclusions peuvent être rapprochées avec profit des travaux menées sur la « pensée paradoxale », notamment ceux menés par les chercheurs du courant de Palo Alto (G. Bateson, P. Watzlawick, …). HAUTE PERFORMANCE leur consacrera prochainement un article…

I – Le paradoxe au coeur de la performance humaine  

Chaque individu est systématiquement paradoxal quand il réalise le meilleur de lui-même.

L’idée courante selon laquelle les êtres humains doivent être cohérents pour réussir est erronée, en tout cas dans certaines circonstances.

En fait, une approche plus efficace pour accroître sa performance semble être de :

> comprendre la nature de ses propres qualités paradoxales,

> découvrir celles qui, fonctionnant ensemble, produisent des résultats formidables

> maîtriser l’utilisation de ces qualités

La pensée paradoxale fonctionne aussi avec les équipes et les organisations pour les aider à exprimer leur créativité, innover, déployer leurs idées, devenir plus performantes.

Le pendule de Fletcher : un outil pragmatique pour un usage opérationnel immédiat !

      Fidèle à sa démarche pragmatique, J. FLETCHER a élaboré une méthodologie simple et pratique consistant en :

     – un outil puissant sous forme de représentation d’un pendule opposant nos qualités paradoxales essentielles

      – une méthode d’utilisation opérationnelle du pendule afin d’éclairer nos choix, d’optimiser nos décisions et de formaliser nos actions.

II – Etude cas : le dilemme de Sylvie…

Sylvie occupe un poste de cadre (middle management) dans une grande banque. Membre d’une petite équipe offrant un haut niveau d’expertise, elle participe à des missions d’étude de projets de fusions – acquisitions. Chaque mission est un peu comme un challenge, même si chaque étude apporte peu de nouveauté. Seule femme de l’équipe, elle est aussi l’une des rares femmes de la banque a occupé un poste aussi élevé. Son n+1 et ses supérieurs sont tous des hommes. Elle sent que sa carrière est dans une impasse.

Depuis des années, elle exerce une petite activité d’arrangement floral le week-end pour les soirées de ses amies, les mariages, les enterrements ou toute autre occasion. Ses clients la recommande généralement à leurs amis.

Progressivement, elle a envisagé de quitter son poste à la banque pour exercer son activité d’arrangement floral à temps plein. Elle sait quel volume d’activité elle doit réaliser pour en vivre et dispose même d’un plan marketing détaillé.

Elle exercerait enfin une activité qui aurait de l’importance dans les évènements marquants de la vie des gens, quelque chose qui lui apporterait une satisfaction immédiate et tangible sur le plan émotionnel. Tout le contraire de ce que lui procure la réalisation d’analyses financières. Cependant, les revenus d’une telle entreprise demeurent incertains. Le lancement de cette activité implique de très nombreuses heures de travail et d’une certaine manière ce business ne semble pas à la hauteur de son niveau d’étude (MBA).

Donc, malgré une importante préparation, elle est incapable de prendre une décision : rester à son poste dans la banque ou le quitter pour monter un business d’arrangement floral. Un jour elle est convaincue de devoir quitter son poste, le lendemain elle est satisfaite par les encouragements de son patron et de l’équipe et en vient à se demander comment elle peut parfois envisager de quitter ce job.  

  
Rester en poste
dans la banque ?
  
 Créer son entreprise
d’arrangement floral ?
  

Elle se sent de plus en plus frustrée et désespérée par son incapacité à résoudre ce dilemme. Elle s’inquiète qu’un jour, pour mettre fin à cette tension, elle abandonne son idée de se mettre à son compte et qu’elle passe les années suivantes à se demander si elle a eut raison. Elle veut prendre une décision éclairée et non pas guidée par la frustration.

Le pendule des paradoxes de Sylvie

Une aide à la décision pour Sylvie




Après mise en œuvre de la méthodologie permettant de formaliser son pendule des paradoxes, Sylvie confirme que :

  – Son paradoxe fondamental est d’être simultanément dans le dépassement et dans le doute d’elle-même, c’est son mode de comportement habituel.

  – Son paradoxe de haute performance est la « Formule 1 confiante » capable de dépasser toutes les espérances en étant complètement préparée (le paradoxe étant qu’elle se prépare pour atteindre les objectifs fixés et qu’in fine elle les dépasse).

  – Son paradoxe cauchemar est d’agir comme une « Toupie désespérée » agissant de manière tourbillonante pour tenter de réaliser 1000 choses à la fois avec indécision et angoisse sans jamais assouvir son besoin de sentir qu’elle exerce une maîtrise sur son destin.

Lorsqu’elle est en position de paradoxe de haute performance, Sylvie réalise tout ce qu’elle entreprend. Elle obtient le meilleur d’elle-même.

A contrario, lorsqu’elle manifeste son paradoxe cauchemar, elle est en dangereusse position d’échec.
 

Positionnement du dilemme sur le pendule

Sylvie peut donc désormais positionner chacune des deux options envisagées sur chaque côté de son pendule.

Option « Créer une entreprise d’arrangement floral »

Elle a déjà préparé un business plan et a commencé à mettre au point une stratégie de développement commercial de son activité d’arrangement floral. Sylvie a étudié tous ces aspects d’une manière rigoureuse et efficace. Bien qu’elle voudrait en faire plus et que ces activités lui prennent plus de temps qu’elle ne le voudrait, elle estime être à mi-chemin (+50) entre sa position de perfectionniste (dépassement d’elle-même) et sa position de « celle qui dépasse toutes les espérances» (versant « Formule1 » <> « Toupie »)

A l’opposé, Sylvie admit qu’elle était assez en proie au doute pour estimer qu’elle était presque à mi-chemin entre son côté « doute » et « désespérée », en étant toutefois plus proche du « doute » que du désespoir. Elle évalua sa position à -40. (Versant « Confiante »<> « Désespérée »).

Interprétation : Sylvie a déja amorcé son démarrage sur une piste nouvelle (comme une Formule 1…) mais elle s’inquiète d’une sortie de route.


Option «  Rester en poste dans la banque »

Sylvie n’est pas enthousiaste à la perspective de cette option. Elle ne s’est pas lancée dans une recherche systématique, rigoureuse et efficace des opportunités d’évolution de poste au sein de la banque. Elle n’a pas non plus contacté des chasseurs de têtes pour savoir si des opportunités d’évolution existaient parmi les banques concurrentes. En conséquence, elle positionne son comportement à -90 (sur le versant « Formule 1 » <> « Toupie »).

A l’opposé, Sylvie doute tellement que la banque lui permette de changer de poste qu’elle n’a même pas pris la peine de faire une demande. Elle s’auto évalue à -70 sur le versant « Confiante <> « Désespérée ».

Interprétation : en restant à la banque, Sylvie a le sentiment de tourner en rond sur elle-même (comme une toupie) dans une tentative un peu désespérée de fuir la situation.

Plan d’actions  de Sylvie pour résoudre son dilemme ! 

Comment Sylvie peut-elle activer les aspects les plus positifs de son côté « en proie au doute d’elle-même» afin de gagner la confiance indispensable à la création de son entreprise ?

Et comment peut-elle réaliser cela sans compromettre son positionnement positif sur son côté perfectionniste (Formule 1) ?


Option « Créer une entreprise d’arrangement floral »

Sylvie a déjà réfléchi à de nombreux points nécessaires au lancement de son activité d’arrangement floral mais comme le montre le pendule, elle devrait rehausser sa position sur le côté « doute d’elle-même».
Son enthousiasme à l’idée d’être à son compte n’a d’égal que les sentiments d’angoisse et d’anxiété nés de son manque de visibilité sur ce qui se passerait si elle se lançait effectivement.

Analyse financière de métier, il lui est conseillé d’agir comme elle ferait à la banque. Laissant ses émotions de côté, elle décide donc de :


>  mener une analyse complète de ce qui pourrait ne pas fonctionner : elle identifie froidement et systématiquement chaque piège et obstacle potentiel,

> évaluer probabilité de réalisation et la gravité de chacun de ces points,

> élaborer un programme de couverture des risques.


De la sorte, elle améliore ainsi grandement sa visibilité du projet de se mettre à son compte par un moyen habituel qui lui est personnellement efficace (l’analyse financière).

Son paradoxe de haute performance est déjà à l’oeuvre : c’est son esprit rationnel et analytique qui vient servir ses aspirations les plus profondes (exercer une activité gratifiante et riche émotionnellement) en imposant un silence à ses émotions (ce balancement épuisant enthousiasme / anxiété qui est générateur d’angoisse).

Option «  Rester en poste dans la banque »
L’analyse lui montre que les efforts à réaliser pour améliorer les résultats de son évaluation étaient beaucoup trop élevés au regard des gains attendus. De plus, il manquait une composante essentielle à ses yeux : la dimension artistique, source de satisfaction sur le plan émotionnel.


Décision et Résultat 
Sylvie choisit de se lancer professionnellement dans l’arrangement floral, suivant scrupuleusement son plan d’actions et plaçant sous contrôle les risques auxquels elle est exposée. L’avenir lui donne raison : elle réussit à en vivre mieux et bien plus rapidement qu’elle ne l’avait espéré initialement.

Conclusion

Le cas de Sylvie est un cas réel ! Un tel résultat n’a été possible que dans la mesure où toute la démarche d’élaboration, d’interprétation et d’utilisation de son pendule des paradoxes a été scrupuleusement respectée.

Si l’ouvrage de FLETCHER et OLWYLER fournit quelques explications sur cette démarche, seul un praticien expérimenté sur cet outil est en capacité d’accompagner d’autres personnes dans la découverte de cet outil.

Au-delà de la compréhension intellectuelle et méthodologique du pendule des paradoxes, le facteur temps est essentiel car il permet de vérifier, sur plusieurs années, la validité et la robustesse de cet outil. De là, il devient possible de saisir les arcanes subtiles de l’exploitation des paradoxes à des fins opérationnelles.